Michael Jackson et sa Death Note dans Wikipedia

Vitruve Man

Cet article est à mi-chemin entre mon précédent billet, dans lequel j'évoquais le phénomène de reblogging, et mes ronchonnements habituels sur les gens (journalistes, blogueurs et « intellectuels » autoproclamés) qui publient des âneries sans vérifier leurs faits. Le ronchonnement du jour concerne le vandalisme de la « Death Note », publié sur la biographie de Michael Jackson sur Wikipedia.

Le scandale

J'utilise wikio pour agréger les flux d'articles de blogs concernant Wikipedia. Bien souvent, une information apparaît, identique mot pour mot, dans une succession de billets publiés par des blogueurs paresseux. C'est ainsi que j'ai remarqué, les jours précédents, plusieurs billets faisant référence à un « petit rigolo » qui avait « piégé Wikipedia ». Apparemment, l'histoire a émergé sur un forum de jeuxvideo.com, puis a été reprise sous forme d'article sur eteignezvotreordinateur, ensuite recopié sur melty et sur Paperblog.

Je passe sur les titres accrocheurs des dépêches (la presse fait bien pire). Voici deux extraits des articles en question. J'ai coloré en rouge les assertions fausses. Sur eteignezvotreordinateur.com :

la fiche wikipédia de Michael Jackson a été la cible d’un petit plaisantin la nuit dernière.
[...]
La fiche en question n’a été finalement corrigée que vers 11 h ce matin, donc elle est restée ainsi au moins pendant plusieurs heures, alors que des milliers de fans étaient dessus à la consulter.

On retrouve le même récit sur melty et paperblog :

un internaute s’est amusé à réécrire l’histoire de la mort de M.J. à sa manière sur la fiche Wikipédia de la star. Résultat, des milliers de fans ont pu lire cette connerie pendant plusieurs heures. Wikipédia ayant corrigé l’erreur aujourd’hui en en fin de matinée.

Les faits

Il va de soi que ces récits m'ont surpris ; la biographie de Michael Jackson est extrêmement consultée, donc extrêmement suivie par les rédacteurs de Wikipedia. Si l'on considère en plus l'effervescence liée à sa mort, il serait surprenant que le vandalisme en question, évident, soit resté bien longtemps, d'autant qu'il était situé dans l'introduction.

J'ai donc effectué un petit travail de recherche tout simple avec un outil dont l'utilisation devrait même être à la portée des trash-rédacteurs d'eteignezvotreordinateur.com ou des ados de melty.fr. L'outil s'appelle Wikiblame ; il permet de faire une recherche parmi les anciennes versions d'un article de Wikipedia afin de retrouver l'auteur d'un passage. Il est ainsi possible de déterminer quand le passage a été ajouté, par qui, et pendant combien de temps (et combien de versions de l'article) il est resté.

En recherchant le passage « Death Note » dans les anciennes version de l'article Michael Jackson sur Wikipedia en français, on trouve ainsi que le vandalisme a été effectué le 26 juin 2009, par trois modifications successives par le même vandale entre 9h36 et 9h38. Le vandalisme a été aussitôt annulé à 9h39. Autrement dit, le passage en question n'est resté en ligne que moins de trois minutes. On est loin des « plusieurs heures » dont font état les articles liés plus haut. Par ailleurs, pour moi, 9h36 est le matin, pas « la nuit dernière », et 9h39 ce n'est pas « vers 11h ce matin ».

Ah, oui, revenons aussi sur les « milliers de fans » gênés par le vandalisme. Nous disposons pour cela d'un autre outil très pratique : les statistiques de consultation. Celles-ci nous indiquent que l'article Michael Jackson a été vu 768 000 fois pour la journée du 26 juin (ce qui en soi, je l'admets, est un petit record). Dans une journée, il y a 24 heures, soit 24 × 60 minutes = 1440 minutes. Le vandalisme étant resté en ligne au maximum trois minutes, il a été vu par environ 768 000 ÷ 1440 × 3 = 1600 personnes. N'ayant pas d'information sur la répartition des visiteurs sur la journée (heures creuses, etc.), cette approximation peut sembler peu rigoureuse ; cependant, l'annonce de la mort de Michael Jackson étant intervenue en début de nuit, il est raisonnable de penser qu'un nombre non négligeable de visiteurs sont restés éveillés jusque tard dans la nuit, à la recherche d'informations. D'après ce calcul simple, j'estime donc qu'environ 1600 personnes ont lu la « connerie » en question, sur les 768 000 ayant vu l'article le 26 juin (donc environ 0,2 %).

CQFD.